Architecture et urbanisme de Valloire

Un village qui porte la trace de son histoire

Lorsque vous passerez le col du Télégraphe : vous plongerez sur la vallée de Valloire. Le retour de la lumière et du soleil après 17 km de montée en ubac et, au loin : le village, blotti dans le creux des montagnes.
Première impression, c’est sûr : Valloire est une station-village. On vous l’a dit, on vous l’a vendu… Mais, au fond, qu’est-ce qu’une « station village » ? Un amas de chalets style tyrolien, des constructions alignées parfaitement avec vue sur les pistes, une agglomération de résidences secondaires ? … Ou le résultat de l’histoire d’une communauté ?

Valloire est un village, pourtant vous ne verrez pas ici que des maisons anciennes regroupées autour de son église. Pas plus que Lyon ne possède que son seul quartier renaissance, pas plus que Grenoble n’affiche que son centre historique. Valloire a traversé toutes les époques, et cela se voit dans ses architectures.

Bien sûr, vous y trouverez des bâtisses typiquement Valloirinches, avec leurs « greniers » séparés, leurs cadrans solaires, leur crépi vieillissant si bien, dans ce « vieux rose » qu’on essaye trop souvent d’imiter. Bien sûr vous visiterez l’église baroque du 17ème siècle, bien sûr vous sentirez même, à deux pas de la télécabine, l’odeur rassurante de l’étable qui prouve que des agriculteurs vivent encore au centre de la station. Evidemment, vous irez vous balader à Bonnenuit, Poingt-Ravier et l’Archaz, trois des 17 hameaux anciens, les mieux préservés de la pression touristique et immobilière… Pour l’instant.

Mais vous verrez bien, tout autour de vous, une station de ski. Une station qui fêtera en 2006 ses… 70 ans !

Forcément, quand on a vécu si longtemps, on a pris quelques coups …

Deux trois immeubles ratés, hors sujet, deux trois verrues urbanistiques, comme cette grande avenue qui rappelle à tous les citadins la moraine architecturale de leurs propres boulevards.

Pourtant, j’en suis sûr, vous aurez ici la délicieuse sensation de vous promener dans un village, un vrai… 100 fois plus vrai que ces stations dites de la « 4ème génération », parfaitement construites sur le modèle des villages qui n’existent que dans les plans marketing, parfaitement alignés, esthétiques, réguliers, bien drapés de bois sur les façades, bien chaussés de pierre par dessus le béton, bien couverts de lauzes dissimulant à merveille des poutres flambant neuves, éléments radieux d’un décor qui ferme lorsque la neige fond, lorsque la fête est finie…

Non. Valloire est un village, un vrai, avec ses gens qui restent après l’hiver ; avec ses lieux magiques, comme la place de l’église, la ruelle qui mène à la Sétaz, ou ses chemins en terre dans les hameaux anciens.

Mais c’est aussi une station, avec ses gros chalets maladroits, ses tentatives architecturales qu’on finit par aimer aussi, ses toits plats hérités du « must » des années 60, ses petites barres d’immeubles – oh, pas trop hautes, pas trop moches – mais qui font sourire quand on les associe à l’image qu’on se fait des villages suisses… Un village où se lisent les pages de l’histoire du ski, des maisons qui témoignent des activités, des métiers, du climat, des modes de vie des Valloirins.

La petite et la grande histoire d’un village plutôt riche – la Vallée d’Or – et la trace du temps qui va … Avec ses heures anciennes, rassemblées dans la demeurance, éclairées par la bougie et le feu … Avec ses heures glorieuses, teintées de fierté, de championnats de France, de fuseaux, de chaussures en cuir, et le premier télébenne … Avec ses heures récentes, internationales, anglaises, techno, branchées, surfées, débrayables, encanonnées…

Mais, toujours : l’âme. Ca, je vous le promets: vous la verrez, vous la sentirez. Chaque maison, chaque immeuble vous racontera une partie de cette histoire, une tranche de cette vie. Ca sera peut être pas la plus belle. Mais ça sera toujours vrai. Comme une histoire commune qu’on revendique jusque dans ses petits travers : ceux qu’on aime, justement. C’est ça, l’authenticité.

Guillaume

Valloire a rencontré le tourisme depuis très longtemps. La route du Col du Galibier en faisait un lieu de passage du temps des colporteurs avec, déjà, les premières auberges du côté de Bonnenuit. Puis, il y a exactement 100 ans, les Valloirins découvrent le ski lors d’une épopée militaire à travers le Massif des Cerces et du Galibier. C’est en 1936 que la station démarre vraiment, avec les premiers remonte-pente (voir le site de notre ami Valloire++, alias Pépito). Valloire est alors une station huppée et très connue dans le petit monde du ski.

Dans les années 60, la réalisation du « plan neige », c’est-à-dire, pour faire simple : la démocratisation du ski, voulu par l’état, conduit à la construction ex nihilo des stations dites « intégrées », celles que l’on retrouve notamment en Tarentaise. Cette époque restera celle de tous les excès architecturaux, avec l’implantation de véritables « villes » à la montagne. Elles sont aujourd’hui en pleine restructuration, même si la créativité des architectes de l’époque nous a valu quelques perles remarquables comme Avoriaz, Arc 1600 et même, dans un autre genre, Flaine.

Pas de grands ensembles à Valloire pendant cette époque, mais quelques tentatives douteuses de création architecturale heureusement très limitées dans l’espace. Ce n’est que dans les années 80 que la station se développe à nouveau, puis en 2001 et les années suivantes : Valloire entame une nouvelle page de son histoire (voir article).

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